Le 3 juin 2026 avait lieu le 76e Meetup WordPress Toulouse à La Cantine by La Mêlée. Au programme : les actualités de la communauté, un retour d’expérience de Cyrille Sanson sur une migration Elementor vers FSE pilotée par IA, puis une table ronde consacrée aux hébergeurs WordPress, animée par Mathias Peguet.
Les Actualités WordPress, par Valentin Grenier
WordPress propulse désormais 41,9 % du web, un chiffre en léger tassement. Cette baisse ne traduit pas forcément un recul du nombre de sites WordPress : c’est surtout la concurrence qui progresse, avec la montée des sites no-code et des sites sur-mesure — y compris ceux générés par IA, dont beaucoup découvriront la douleur le jour où il faudra les faire évoluer.
WordPress 7.0 est sorti le 20 mai 2026. Côté nouveautés visibles : transitions de pages plus fluides, nouvelles couleurs dans l’administration et raccourci ⌘K / Ctrl+K. La vraie pépite est plutôt technique, avec le développement de blocs Gutenberg natifs en PHP. Le fait marquant reste le retrait de la collaboration en temps réel : finalement non intégrée à la 7.0, faute de maturité et en raison de questions d’infrastructure côté hébergeurs encore en suspens.
La suite du calendrier : la 7.1 est visée pour le 19 août (date du WordCamp US à Phoenix) et la 7.2 pour le State of the Word.
Côté agenda communautaire : le WordCamp Europe se tient cette semaine à Cracovie, et le WordCamp Bretagne aura lieu le vendredi 19 septembre à Rennes. La veille, le jeudi 18 septembre, se tiendra une journée de contribution organisée par WPFR. Rappel utile : toutes les tables (core, accessibilité, traduction, communauté) sont accessibles sans prérequis technique, chacun contribue à hauteur de ce qu’il veut, et l’on repart avec le badge contributeur sur son profil WordPress.org.
Pour poser vos questions au quotidien, le canal #wp-toulouse du Slack WPFR réunit aujourd’hui 105 membres. Enfin, le bras de fer Automattic / WP Engine se poursuit, avec des audiences toujours en cours aux États-Unis.

Retour d’expérience : « migration Elementor → FSE avec Claude Code », par Cyrille Sanson
Cyrille a partagé un retour d’expérience honnête (un POC, un seul site, mais un vrai site client mis en production) : migrer un site d’Elementor vers le Full Site Editing en pilotant Claude Code. La question de départ tenait en trois mots : est-ce fiable, supervisable et rentable ?
Le dispositif. Un clone local du site de production (DevKinsta, sous Docker), Elementor et le thème Hello désactivés, puis une base Twenty Twenty-Five + Spectra (un constructeur en mode FSE, ici en version gratuite). Claude Code (offre Max) était outillé avec un MCP Firefox, l’agent prend lui-même ses captures d’écran pour se relire, plusieurs skills (style de dev WP/PHP, un skill Twenty Twenty-Five + Spectra issue de WP-Formation, un skill maison « refonte FSE ») et un cahier des charges généré en amont.
La méthode imposée, qui fait toute la différence :
- Banaliser le site et figer le design dans un fichier Markdown (couleurs, typographies, espacements), en partant des métadonnées Elementor plutôt que du rendu HTML, « on migre une intention de design, pas un résultat ».
- Production en lecture seule, plus un change log et une to-do list pour conserver la mémoire d’une session à l’autre.
- Trois sections maximum à la fois, validation visuelle, puis on continue.
- CSS custom en dernier recours et pas de thème enfant : tout passe par les réglages et la base de données.
L’anecdote de la soirée restera le bug du kebab-case : WordPress renommait les tailles déclarées (un h1 devenant h-1), ce qui cassait le format des titres. C’est l’agent lui-même, via le MCP Firefox, qui a posé le diagnostic.
Le résultat. Aucun fichier de thème modifié, tout le design en base de données, Elementor évacué (~140 Mo d’extensions en moins), et au passage 42 articles nettoyés et convertis (certains encore en éditeur classique). Bilan : la migration aura demandé environ deux jours de travail réel. Cyrille a publié un article détaillant l’ensemble de la démarche sur 100son.net.
Au-delà des chiffres, le message rejoint celui des éditions précédentes : ce n’est plus seulement l’IA qui compte, mais l’outil et la méthode, un agent qui agit sur les fichiers, se relit, journalise et sait revenir en arrière. L’expert cadre, l’IA exécute.
Table ronde : « quels hébergeurs pour WordPress ? », par Mathias Peguet
Format barcamp pour la grande discussion de la soirée : un partage d’expérience collectif sur les hébergeurs, appuyé sur un sondage rempli par 23 personnes de la communauté.
Les critères qui comptent
Dans l’ordre d’importance exprimé par les répondants : la sécurité arrive en tête, suivie de la performance, des caractéristiques techniques (espace disque, nombre de bases de données…), du support client, de la compatibilité RGPD, du prix, puis de l’éco-responsabilité, un critère encore minoritaire mais en progression. Détail amusant : la présentation ayant été mise en forme avec l’aide de Claude, l’IA s’est étonnée de voir les fonctionnalités spécifiquement WordPress reléguées si bas dans le classement. Plusieurs critères complémentaires ont été ajoutés par la salle : interface standard (cPanel/Plesk plutôt que propriétaire), liberté technique, services annexes (boîtes mail incluses), facilité de sauvegarde/restauration.
Le palmarès et les hébergeurs passés en revue
En tête du classement par notoriété et satisfaction : Hosterra, devant o2switch et Infomaniak. À l’opposé, le trio OVH / Ionos / Hostinger ferme la marche aux 9e, 10e et 11e places.
Le trio de tête :
- Hosterra : L’hébergeur écoresponsable de Pierre Lannoy (Lille). Une offre WordPress à 6,90 €/mois maintenue 7 à 8 ans sans hausse surprise, des serveurs maison, un support réactif et francophone, et des extensions maison orientées cache et monitoring. Le seul vrai reproche : un espace disque parmi les plus bas du marché, qui ne conviendra pas à tous les projets.
- o2switch : Longtemps la référence de la communauté (support historiquement ultra-réactif, espace disque très généreux). Depuis le rachat, les avis se partagent : tarifs en hausse, offre unique éclatée en plusieurs formules, support qui s’est nettement allongé (plusieurs heures là où il fallait quelques minutes). Côté dev, l’absence de vrai déploiement Git (au-delà du FTP) surprend. Reste un acteur solide… et un sponsor majeur de la communauté WordPress.
- Infomaniak : Référence de l’éco-responsabilité, engagé, basé en Suisse (donc hors UE, à nuancer sur le volet RGPD). Très apprécié pour le stockage et les sauvegardes (kDrive / offre S3, jugés fiables). Bémol récurrent : une interface jugée complexe et lente au changement de contexte.
Les déçus du classement
- OVHcloud : L’impression d’un recentrage sur le cloud et le haut de gamme, au détriment du mutualisé (plus de gestionnaire de fichiers, support « pro » payant sinon des délais d’une semaine). L’incendie du datacenter de Strasbourg reste dans les mémoires. Au crédit d’OVH : un refroidissement (watercooling) précurseur et un PUE correct pour des infrastructures de cet âge.
- IONOS : Le « OVH allemand » : tarif d’appel cassé la première année puis envolée dès la suivante, des frais ponctuels mal vécus (≈ 70 € pour récupérer des mails après résiliation).
- Hostinger : Probablement le premier hébergeur WordPress mondial en parts de marché. Gros point fort : un support par chat avec interlocuteur dédié que l’on peut redemander, et des VPS avec catalogue d’installation en un clic. Le revers, classique : un prix d’appel attractif qui peut être multiplié par dix à l’échéance.
Les autres acteurs évoqués
- Gandi : Le registrar historique de référence (fiabilité, bonne pratique de séparer registrar et hébergeur). Mais depuis le rachat, des prix devenus prohibitifs et un support qui s’est dégradé : un acteur désormais installé dans sa niche plus qu’en conquête.
- PlanetHoster : Hébergeur québécois, intéressant pour son offre gratuite World Light (rare et correcte, sans support) et le multi-sites. Mais cher pour le besoin réel d’un client mono-site, des offres qui changent souvent, et un positionnement nord-américain qui ne coche pas complètement la case RGPD.
- Scaleway : Groupe Iliad/Free, exemplaire sur l’efficacité énergétique de ses datacenters et transparent sur ses indicateurs. Orienté toutefois vers les gros besoins et le cloud plutôt que vers le petit mutualisé WordPress.
- AWS : Hyperscaler, pas de mutualisé, très technique. Le consensus de la salle (et d’une conférence citée d’un WordCamp Bretagne) : le cloud pour WordPress relève souvent du plaisir d’expert ; un bon dédié revient deux à trois fois moins cher pour le même service.
- LWS : Hébergeur français aux tarifs agressifs et aux options optimisées WordPress, avec une vraie liberté technique (SSH). La fiabilité n’est pas toujours au rendez-vous : un hébergeur « de secours » pour les budgets serrés plutôt qu’un premier choix.
- ikoula : Petit acteur français, peu de retours et une dynamique en demi-teinte ; sert par ailleurs de fournisseur de serveurs dédiés à d’autres hébergeurs.
- Chatons : Non pas un hébergeur mais un collectif d’hébergeurs éthiques (souvent associatifs, contact humain, tarifs doux). Qualité variable et continuité de service inégale selon les structures : parfait pour une asso ou un projet militant, plus risqué pour un client exigeant attendant du 24/7.
- Ethersys : Hébergeur artisanal présenté par l’un des participants : une offre à partir de 30 €/mois (deux noms de domaine, plateforme SMTP, support téléphonique jusqu’à 18h), bâtie sur des serveurs dédiés volontairement chargés au tiers maximum. Un positionnement qui recentre le débat : sur les quatre premiers critères du sondage, aucun ne s’obtient à 5 €/mois, mieux vaut se battre sur sa valeur et son expérience que sur le prix.
Faut-il revendre l’hébergement à ses clients ?
Le sujet a animé la salle. Le penchant majoritaire : ne pas revendre l’hébergement, et laisser le client payer l’hébergeur en direct. Les raisons sont autant juridiques que pratiques, en facturant le service, on endosse la responsabilité d’un éventuel incident serveur (l’exemple OVH revenant souvent), et l’on hérite de tout un support imprévu (mails, boîtes à configurer, demandes hors périmètre).
Éco-responsabilité : au-delà du greenwashing
Point soulevé en marge : l’impact carbone du numérique vient à 80 % environ de la fabrication du matériel, contre 10-15 % pour la consommation électrique liée aux requêtes. La plupart des hébergeurs « verts » communiquent sur l’énergie, mais très peu prennent d’engagements chiffrés et vérifiables sur la durée de vie et le recyclage des serveurs, c’est pourtant là que se joue l’essentiel.
Outils de monitoring
Pour comparer objectivement des hébergeurs, encore faut-il savoir quand un site flanche. Trois pistes ont été partagées : WP Umbrella (devenu Umbrella), solution de monitoring complète intégrée à WordPress (et bien plus : sauvegardes, etc.) ; UptimeRobot, la référence historique de ping régulier (fiabilité jugée perfectible par certains) et son équivalent auto-hébergeable Uptime Kuma (sous Docker) ; enfin VisualPing, qui ne se contente pas de pinger mais compare des captures d’écran pour détecter un changement de contenu, même quand le site répond.
L’after
La soirée s’est prolongée comme il se doit en auberge espagnole, l’occasion de continuer les discussions autour d’un verre et d’une assiette partagée.
Un grand merci à Cyrille, à Mathias et à Valentin pour leurs interventions, à toutes celles et ceux qui ont nourri la table ronde de leurs retours, et à La Cantine by La Mêlée pour son accueil.
À très vite pour le prochain et dernier meetup de la saison !
